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Québec révèle les critères de sélection du PSTQ et confirme l’abolition du PEQ
Le ministre québécois responsable de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, Jean-François Roberge, répond à l'opposition pendant la période de questions à l'Assemblée législative à Québec, le jeudi 27 novembre 2025. LA PRESSE CANADIENNE/Jacques Boissinot Le gouvernement du Québec compte admettre près de 29 000 immigrants économiques en vertu du Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ) pour l’année 2026.
Le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, a annoncé vendredi les grandes orientations de ce programme présenté comme une alternative au Programme de l’expérience québécoise (PEQ), aboli par Québec en novembre dernier.
En conférence de presse, M. Roberge a confirmé que le PEQ était bel et bien mort et enterré, ajoutant que le PSTQ était un «meilleur» programme, car il permet de sélectionner les résidents permanents plutôt que de traiter les demandes en fonction «du premier arrivé, premier servi».
Destiné aux étudiants internationaux et aux travailleurs étrangers temporaires, le PEQ offrait une voie rapide à la résidence permanente pour ceux qui avaient séjourné au Québec pendant un minimum deux ans et qui répondaient aux exigences linguistiques.
Le programme a été aboli le 19 novembre dernier, mais le ministre Roberge a assuré que toutes les demandes soumises avant cette date seraient traitées selon les anciennes règles.
Toutefois, les «orphelins du PEQ», ceux qui sont arrivés au Québec pensant se servir de cette voie pour immigrer, mais qui n’avaient pas encore rempli les conditions pour soumettre une demande, se retrouvent coincés entre deux chaises.
Ces derniers, de même que plusieurs élus et acteurs de la société civile réclament une clause de droits acquis pour ces orphelins qui naviguent dans l’incertitude de leur statut, mesure de nouveau écartée par le ministre Roberge lors de son annonce.
«Techniquement, 100 % des personnes qui travaillent sur le territoire québécois (…) avec un statut temporaire, et qui ont un certain niveau de français, pourraient se prémunir (de cette clause) et faire une demande», a soutenu M. Roberge.
«Et ce serait premier arrivé, premier servi. Il n’y aurait pas de sélection parmi ces personnes-là», a-t-il ajouté.
Le ministre Roberge a également interpellé le gouvernement fédéral afin qu’il renouvelle les permis des travailleurs étrangers temporaires.
«Cessez d’arracher les travailleurs dans nos institutions, dans nos hôpitaux, dans nos CLSC, dans les manufactures, renouvelez les permis de ces gens qui sont ici, c’est important, ça va faire baisser la tension, ça diminue l’angoisse.»
Un refus perçu comme de «l’entêtement»
Le refus du ministre d’accorder une clause de droits acquis à ceux qui sont arrivés au Québec pensant obtenir la résidence permanente sous le PEQ a été vivement critiqué par l’opposition, les élus municipaux et le secteur manufacturier et commercial.
Le candidat à la direction du Parti libéral du Québec Charles Milliard a accusé la CAQ de faire preuve d’«entêtement» plutôt que de «logique» dans une déclaration publiée sur X, ajoutant que «les orphelins du PEQ méritent une solution viable et humaine».
Même son de cloche chez le député solidaire Guillaume Cliche-Rivard, pour qui l’instauration d’une clause grand-père représente le «le strict minimum».
«En pleine crise nationale sur le PEQ, alors que tous les acteurs lui demandent de reculer et d’accorder une clause de droits acquis, le ministre de l’Immigration s’entête, s’isole et nous sert du réchauffé avec une annonce qui n’a rien de nouveau et qui est largement insuffisante pour rassurer qui que ce soit», a-t-il affirmé dans une déclaration.
Le Parti québécois, pour sa part, a pointé du doigt la prédécesseure de M. Roberge à l’Immigration, Christine Fréchette.
«Ce que l’on constate, c’est qu’on a un gouvernement (…) qui essaie de gérer un gâchis qui est causé par lui-même, et plus particulièrement, par Chiristine Fréchette à l’époque où elle était ministre de l’Immigration», a déclaré le député péquiste Alex Boissonneault en point de presse.
«C’est elle qui avait sorti le PEQ des seuils permanents, il y a eu une perte de contrôle de ce programme-là», a-t-il souligné.
Critères de sélection
Pour sélectionner les candidatures de 2026 du PSTQ, le gouvernement va prioriser les personnes qui ont obtenu un diplôme au Québec, ceux qui travaillent dans un secteur stratégique, tel que la santé, l’éducation, la construction et le génie, et les personnes qui affichent un «profil diversifié».
M. Roberge a précisé que les candidatures des personnes vivant à l’extérieur de la région métropolitaine de Montréal seront également traitées en priorité.
Se fiant sur ces critères de sélection, le ministère de l’Immigration a confirmé l’envoi de 2549 invitations pour le mois de janvier. Ces invitations seront transmises à la fin de chaque mois.
Parmi ces candidats invités à obtenir la résidence permanente, 64,5 % sont des diplômés du Québec, 65,9 % résident à l’extérieur de Montréal et de Laval et 32,7 % œuvrent dans un secteur jugé «stratégique».
Le gouvernement soutient que le dévoilement de ces conditions offrira un gage de prévisibilité aux orphelins du PEQ.
Dans une déclaration, l’Union des municipalités du Québec (UMQ) a rétorqué que ces informations étaient «déjà connues» et sont «largement insuffisantes pour rassurer les personnes affectées par l’abolition du Programme de l’expérience québécoise».
«Les décisions des gouvernements du Québec et du Canada en immigration sont déconnectées des réalités vécues partout au Québec», a déclaré le maire de Mascouche et président de l’UMQ, Guillaume Tremblay.
La présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Caroline Senneville, a qualifié l’annonce du gouvernement de «poudre aux yeux».
«Il n’écoute en rien les appels que lui fait la société civile depuis des mois. Nous voulons une clause de droit acquis pour les travailleuses et travailleurs immigrants en ce moment sur notre territoire. Nous avons besoin d’eux!», a écrit Mme Senneville par voie de communiqué.
De son côté, le Conseil du patronat du Québec (CPQ) a critiqué les cibles et les orientations du PSTQ. Dans un communiqué, le CPQ demande au gouvernement d’augmenter les seuils d’immigration et d’élargir la définition des secteurs stratégiques pour y inclure le secteur manufacturier.
«En maintenant des seuils et des critères trop restrictifs, le PSTQ risque de fragiliser des secteurs déjà sous forte pression et de freiner la vitalité économique de plusieurs régions», a fait valoir le vice-président – politiques de main-d’œuvre et intelligence économique du CPQ, Daye Diallo.
Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) abonde dans le même sens et déplore que l’annonce de M. Roberge «ne prévoit aucune priorité pour les travailleurs du secteur manufacturier».
«Nous sommes déçus de l’annonce du ministre Roberge, qui a exprimé publiquement à plusieurs reprises la nécessité de retenir les TET dans les usines. Malheureusement, les bottines n’ont pas suivi les babines et le ministre a reculé sur ses promesses», a déclaré la présidente-directrice générale de MEQ, Julie White.