Les Premières Nations saluent un premier pas «timide» des partis

La Presse Canadienne | 1 octobre 2026 | 09:06
Lucien Wabanonik. Photo courtoisie - Archives

Pointés du doigt, les partis politiques sont finalement sortis de leur mutisme et ont multiplié les annonces destinées aux Premiers Peuples, à l’occasion de la Journée de la vérité et de la réconciliation. Bien que «timides», les engagements pris pourraient permettre de lancer le bal, espèrent les chefs.

Le chef anishinabe de Lac-Simon, Lucien Wabanonik, qualifie de «timides» les mesures annoncées par les partis, à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation.

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Il aura fallu attendre au 30 septembre, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, 35 jours après le déclenchement de la campagne électorale, pour que certains des principaux partis présentent leurs engagements concernant les Premières Nations et les Inuit. 

«C’est timide», tranche d’entrée de jeu le chef anishinabe de Lac-Simon, Lucien Wabanonik, questionné sur la teneur des propositions. «Ils effleurent la surface.»

Les mesures annoncées surviennent quelques jours après que plusieurs chefs et représentants des Premières Nations se sont mobilisés devant l’Assemblée nationale pour dénoncer le «silence» des partis politiques. 

«Le silence lourd de la campagne électorale envers les Premières Nations témoigne d’une forme sournoise de racisme systémique», avait alors déploré le grand chef de la Nation wendat, rencontré sur place.

«Pourquoi cet entêtement à nous rendre invisibles, à nous ignorer? Je n’arrive pas à saisir. On fait pourtant partie de la société», avait renchéri M. Wabanonik, en entrevue au Soleil. 

Les partis répondent présents

À la suite de l’appel lancé par la coalition de représentants autochtones, certaines formations politiques se sont mobilisées, à quelques jours de la date décisive, pour présenter leurs mesures relatives aux Premiers Peuples. 

Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, a indiqué vouloir plancher sur une stratégie pour «renforcer la vitalité des langues autochtones» en plus de soutenir le développement d’une première université autochtone dans la province.

En amont d’une marche en hommage aux victimes des pensionnats, la co-porte-parole de Québec solidaire, Ruba Ghazal, s’est à nouveau engagée à reconnaître le racisme systémique en plus de faire du 30 septembre un jour férié et d’impliquer les Premiers Peuples dans une éventuelle consultation entourant le projet d’indépendance.

De passage à Québec, le chef du Parti conservateur du Québec, Éric Duhaime, a quant à lui présenté une série de mesures, dont la signature d’ententes potentielles en matière de protection de la jeunesse, la création de sièges réservés au sein des tables régionales décisionnelles et la reconnaissance des Autochtones comme troisième peuple fondateur.

Aucune annonce propre à la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation n’était à l’horaire des chefs de la Coalition avenir Québec et du Parti libéral. Des représentants des deux formations ont toutefois pris part à des rassemblements pour l’occasion.

Un «premier pas»

Pour les chefs consultés par Le Soleil, l’inclusion des Premiers Peuples dans les discours des partis, bien que tardive, montre l’efficacité du message envoyé quelques jours plus tôt. 

«On a demandé aux partis de s’engager. On a dénoncé qu’il n’y avait pas d’engagements pris concrètement et publiquement jusqu’à maintenant. Aujourd’hui, ils sortent des engagements, on ne peut pas leur reprocher», convient le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Francis Verreault-Paul. 

Bien qu’elles se soient fait attendre, les annonces des partis constituent «un premier pas d’engagement», selon l’élu innu, qui souligne tout de même qu’une proportion considérable des électeurs ont déjà exercé leur droit de vote par anticipation, en date du 30 septembre. Malgré tout, «il faut garder le momentum et bâtir là-dessus», croit-il. 

Pour MM. Verreault-Paul et Wabanonik, les mesures annoncées à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation restent toutefois trop vagues, limitant du même coup la reddition de compte.

«J’aurais vraiment aimé que l’un des partis s’engage à faire, à tout le moins, une réflexion sur la Déclaration des Nations Unies et à trouver un forum de discussion pour échanger de la forme que ça pourrait prendre, explique Lucien Wabanonik. Ça aurait été quelque chose de beaucoup plus fondateur.»

«On entend souvent les partis dire qu’ils vont collaborer avec les Premières Nations, mais ça veut dire quoi concrètement? Ça va se transposer comment, être le troisième peuple fondateur?» questionne à son tour le chef de l’APNQL, en référence à la mesure conservatrice mise de l’avant. 

«C’est flagrant le manque de vision, de courage politique», se désole Lucien Wabanonik.  

Par Gabrielle Cantin, Initiative de journalisme local