Le TGV pourrait coûter 113 milliards $, selon la directrice parlementaire du budget
La directrice parlementaire du budget, Annette Ryan, à Ottawa le lundi 23 mars 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Adrian Wyld Un train à grande vitesse reliant Toronto à Québec, comme celui que propose de construire le gouvernement fédéral, coûterait entre 75 et 113 milliards $, selon les calculs de la directrice parlementaire du budget.
Le bureau de la directrice parlementaire du budget, Annette Ryan, est arrivé à cette conclusion après avoir analysé des projets de TGV réalisés ailleurs dans le monde, notamment en Europe.
Dans un rapport publié jeudi, il a convenu que la fourchette sur laquelle il s’est arrêté, entre 75 et 113 milliards $, «reflète la grande incertitude inhérente aux projets d’infrastructure ferroviaire à grande échelle».
Cette estimation évoque à tout le moins des chiffres plus élevés que la fourchette avancée jusqu’à présent par le gouvernement fédéral et la société d’État Alto, qui est de 60 à 90 milliards $.
Les prévisions du bureau de Mme Ryan ne tiennent pas compte d’un éventuel arrêt à Kingston. L’ajout d’un arrêt dans cette ville ontarienne, à l’étude actuellement, aurait comme conséquence d’augmenter le coût et la complexité du projet.
Le bureau de Mme Ryan déposera ultérieurement un autre rapport visant à évaluer si l’achalandage prévu sera suffisant pour soutenir l’exploitation du réseau.
Deux sections complexes
Selon le bureau de Mme Ryan, «les caractéristiques géographiques du tracé canadien comportent certains facteurs de hausse des coûts importants».
Deux étapes s’annoncent particulièrement complexes, d’après le rapport: traverser le Bouclier canadien entre Ottawa et Peterborough, et construire un tunnel pour relier Laval et Montréal.
Le rapport souligne qu’environ 130 km entre Ottawa et Peterborough pourraient traverser un terrain caractéristique du Bouclier canadien, de sorte que d’importants travaux d’excavation de roche, de nivelage et de remplissage seront nécessaires.
Le document ajoute qu’il faudrait creuser un tunnel d’environ 15 km sous le mont Royal afin de relier Laval et Montréal, une opération qu’il qualifie de «creusement de tunnels considérable».
Chaque kilomètre additionnel de tunnel ferait augmenter le coût total du projet de 169 millions $, selon le rapport.
Atténuer, sans toutefois éliminer
Après l’analyse de projets ferroviaires réalisés aux États-Unis et au Royaume-Uni, le rapport met en garde contre les coûts liés à la gestion de projet.
Dans ces deux pays, l’acquisition de terrains, l’obtention de permis, les litiges, les changements à la conception, les conceptions hors norme et les faiblesses dans la gestion de projet ont fait gonfler les factures des projets analysés.
La directrice parlementaire du budget a noté que le gouvernement du premier ministre Mark Carney a adopté des projets de loi visant à atténuer ces risques.
«Le cadre législatif canadien vise à éviter les principaux facteurs de dépassement de coûts que nous avons observés dans des projets comparables aux États-Unis et au Royaume-Uni», a écrit Mme Ryan dans un communiqué.
Le rapport conclut que ces mesures peuvent «atténuer» les risques juridiques, réglementaires et liés aux échéanciers du projet, «sans toutefois les éliminer».
Un porte-parole pour le ministre des Transports, Steve MacKinnon, reçoit favorablement le rapport de la DPB dans une déclaration transmise à La Presse Canadienne jeudi. Il affirme que le gouvernement allait incorporer les «conclusions pertinentes» dans sa planification.
Alto est un «projet générationnel» qui transformera la manière par laquelle les Canadiens traversent ce corridor, ajoute le porte-parole.
Le rapport note que les travaux de construction stimuleraient «légèrement» l’économie à court terme.
Pour le segment reliant Ottawa et Montréal, le bureau de Mme Ryan estime que les travaux de construction feraient augmenter le PIB réel d’environ 1,8 milliard $ lors de la première année du chantier, en 2029, et de 2 milliards $ d’ici 2033.
Il évoque des gains d’emplois potentiels qui passeraient d’environ 4300 en 2029 à 9000 en 2033.
Ordre de grandeur similaire
Appelée à réagir au rapport, la société d’État Alto a dit vouloir prendre le temps d’analyser l’ensemble du rapport.
Elle a toutefois noté que l’estimation de la directrice parlementaire du budget, entre 75 et 113 milliards $, «se situe dans un ordre de grandeur similaire et cohérent à l’hypothèse de travail d’Alto».
«Le rapport confirme la pertinence de l’approche retenue pour Alto: une démarche pragmatique qui permet de réduire l’incertitude avant de prendre les décisions d’investissement majeures», a souligné Alto dans une déclaration écrite transmise par sa porte-parole, Caroline Des Rosiers.
«Ce rapport indépendant démontre également que certains scénarios pessimistes qui ont circulé dans le débat public ne reflètent pas la réalité des comparables internationaux.»
Selon Alto, la différence entre ses chiffres et ceux de la directrice parlementaire du budget découle d’une «méthodologie différente».