Ottawa utilise de nouveaux revenus pour annoncer d’autres mesures de soutien

La Presse Canadienne | 5 novembre 2026 | 16:11
Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, est applaudi par le premier ministre Mark Carney, à droite, au moment du dépôt du budget à la Chambre des communes, à Ottawa, le jeudi 5 novembre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Justin Tang

Le gouvernement Carney anticipe des revenus plus élevés que prévu. Il utilise cette rentrée d’argent potentielle pour ajouter de nouvelles dépenses afin de stimuler la croissance économique, de soutenir le milieu culturel et d’aider temporairement les ménages moins nantis.

Le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, défend la décision d’adopter de nouvelles mesures plutôtque de réduire la taille du déficit, lors d’une conférence de presse, jeudi, en marge du dévoilement du budget.

«Si on est capable de dégager une marge fiscale parce qu’on a plus de revenus et qu’on a mieux géré les dépenses (…), le gouvernement (doit) faire des choix judicieux», plaide-t-il.

Il juge que les choix du gouvernement sont «bien balancés» entre les mesures pour soutenir la croissance économique et le soutien aux personnes les plus vulnérables.

L’économiste Randall Bartlett, du Mouvement Desjardins, se demande si le gouvernement Carney a réellement la marge de manœuvre qu’il présente dans son budget.

«Je crois que les hypothèses du gouvernement sur les revenus liés à l’économie et à la réduction de dépenses sont ambitieuses, affirme-t-il en entrevue. Il y a une bonne chance qu’elles ne se concrétisent pas.»

Le ministère des Finances anticipe un déficit budgétaire de 62,3 milliards $ au cours de l’exercice 2026-2027, selon le budget présenté jeudi. Le manque à gagner est relativement similaire aux 65,3 milliards $ inscrits dans la mise à jour économique du printemps.

Le gouvernement a révisé à la hausse ses prévisions de revenus de 21,5 milliards $, toujours pour l’année 2026-2027. Il en profite pour ajouter 18,4 milliards $ en nouvelles dépenses durant cet exercice. 

Les nouveaux revenus espérés et les nouvelles dépenses promises sont relativement similaires pour chaque exercice sur l’horizon 2030-2031. 

Une dette plus coûteuse

Avec cette stratégie, l’argent que le gouvernement consacre au paiement de la dette va augmenter à moyen terme. Le service de la dette passerait de 53,5 milliards $ en 2025-2026 à 85,5 milliards $ en 2030-2031. 

M. Champagne souligne que le poids du déficit par rapport à la taille de l’économie demeure contenu sur l’horizon 2030-2031. Il estime que la situation budgétaire du Canada est bonne si on la compare aux autres pays du G7.

M. Bartlett reconnaît que le Canada relativement bien comparativement aux membres du G7. La comparaison ne veut pas nécessairement dire que le Canada est sur la bonne voie. «On est un peu la chemise la moins sale dans le panier de vêtements », illustre-t-il.

Le plan Carney

Le budget est à l’image du premier ministre Mark Carney, analyse la professeure émérite de science politique à l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier, en entrevue.

«On s’éloigne vraiment des programmes sociaux, avance-t-elle. On s’en va vraiment dans une logique économique. Alors, c’est économie: efficience, productivité, innovation.»

Le budget évoque aussi plusieurs mesures pour simplifier les opérations et les démarches que doivent faire les citoyens et les entreprises auprès de l’État, résume la professeure.  

Sur le front économique, la mesure phare de la «mégadéduction», annoncée en septembre, était déjà connue. Son coût est estimé à 36 milliards $ sur cinq ans.

Pour les entrepreneurs, le fédéral veut exempter l’impôt sur le gain en capital sur des entreprises canadiennes admissibles, jusqu’à un maximum de 15 millions $. La mesure coûtera 715 millions $ en revenus au cours des cinq prochaines années. 

Il reste à savoir si le Québec choisira également de s’harmoniser avec le fédéral. Le ministre des Finances du Québec, Nicolas Marceau, avait déjà déploré que la «mégadéduction» amenait un manque à gagner de 1 milliard $ en s’harmonisant.   

M. Champagne s’est défendu d’accorder un cadeau fiscal aux mieux nantis. «C’est pour les entreprises, les jeunes pousses, répond-il en anglais. C’est pour les innovateurs.»

Le but est d’inciter les entrepreneurs à poursuivre leurs investissements au Canada et d’être concurrentiels par rapport aux États-Unis, dit-il en français. «Dans le domaine des technologies nouvelles, l’intelligence artificielle, le quantique, toutes ces technologies-là, on veut garder ces gens-là chez nous.»

Mettre fin à l’itinérance

Pour le volet social, Ottawa se donne l’objectif de «mettre fin à l’itinérance d’ici 10 ans». Il alloue une enveloppe de 11,2 milliards $ sur quatre ans pour atteindre cet objectif. Des mesures sont également prévues pour soutenir la construction de logement hors marché.

M. Champagne croit que l’aide fédérale sera bien accueillie aux Québec.

Pour aider les moins nantis, Ottawa bonifie l’allocation canadienne pour l’épicerie et les besoins essentiels. Le supplément, versé au début du mois de janvier, pourrait atteindre 339 $ pour une personne seule ou 679 $ pour un couple avec deux enfants.

Pour sa part, le crédit pour proche aidant devient un crédit remboursable. 

Ottawa renonce également à des revenus de 2,87 milliards $ pour l’exercice 2026-2027 en prolongeant la suspension temporaire de la taxe d’accise sur le carburant.

Le fédéral a également annoncé une série de mesures pour soutenir la culture, le journalisme et les infrastructures de loisir, ce qui représente 5 milliards $ supplémentaire en cinq ans.