La Banque du Canada maintient le taux directeur à 2,25 %
L’édifice de la Banque du Canada à Ottawa, le mardi 9 juin 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Sean Kilpatrick La Banque du Canada se montre quelque peu optimiste quant à l’économie après avoir maintenu son taux directeur inchangé mercredi, mais ses responsables avertissent que l’instabilité au Moyen-Orient continue de peser lourdement sur les perspectives.
Le taux directeur de la banque centrale reste à 2,25 %, après une sixième décision consécutive de le maintenir inchangé, ce à quoi s’attendaient largement les économistes.
Le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, souligne que l’économie est toujours confrontée à une incertitude accrue, mais que les responsables de la banque sont de plus en plus convaincus qu’elle parvient à surmonter ces difficultés.
Tout en indiquant que le Conseil de direction de la banque reste prêt à ajuster son taux directeur si nécessaire, il précise que les responsables considèrent que le taux actuel se situait au niveau approprié pour ramener l’inflation à 2 % et soutenir la reprise économique.
Les prix du pétrole en jeu
S’adressant aux journalistes après l’annonce des taux, M. Macklem indique clairement qu’une grande partie des perspectives et de l’orientation de la politique monétaire de la banque dépend du marché mondial de l’énergie.
Si les prix de l’essence remontent et restent élevés plus longtemps, une série de hausses de taux demeure envisageable pour se prémunir contre une inflation persistante.
«Je tiens toutefois à souligner que ce n’est pas notre scénario de base», rappelle-t-il.
«À l’heure actuelle, selon notre meilleure appréciation, la situation telle qu’elle se présente nous semble appropriée.»
À l’approche de l’annonce de mercredi, les données récentes laissaient entendre à la Banque du Canada que la situation sur le marché du travail et dans l’économie s’améliorait progressivement après un début d’année difficile.
Une contraction inattendue de l’économie en début d’année a surpris la banque centrale, qui tablait sur une croissance annualisée de 1,5 % au premier et au deuxième trimestre.
Dans son rapport sur la politique monétaire publié mercredi, la banque centrale dit tabler sur une croissance de 2,5 % au cours des trois derniers mois.
M. Macklem souligne que l’économie a peiné à croître au cours de l’année écoulée, confrontée aux droits de douane, à une incertitude élevée et à un ralentissement de la croissance démographique.
Il ajoute que la résilience des consommateurs et la stabilisation du marché immobilier aident désormais l’économie à s’adapter à ces vents contraires.
Davantage d’exportations
La banque centrale constate également une dynamique croissante des exportations, y compris vers les États-Unis. Cela devrait contribuer à soutenir davantage les investissements des entreprises dans les mois à venir, selon M. Macklem.
«D’après ce que nous disent les entreprises, elles s’adaptent. Elles trouvent des moyens de collaborer avec leurs clients. Elles réorganisent leurs chaînes d’approvisionnement. Elles poursuivent leurs activités», avance-t-il.
Leslie Preston, économiste à la Banque TD, indique que les perspectives économiques globales de la Banque du Canada n’ont pas beaucoup changé, même après les résultats nettement inférieurs aux prévisions concernant la croissance du premier trimestre.
La Banque du Canada prévoit désormais une hausse du produit intérieur brut réel de 1,8 % en 2027 et 2028. Ce chiffre est légèrement supérieur à ses prévisions d’avril, mais Mme Preston précise que ces chiffres ne reflètent pas une économie tournant à plein régime.
«Elle a, dans une certaine mesure, exprimé un peu plus de confiance dans les signes d’amélioration de l’économie canadienne», observe-t-elle.
L’inflation a atteint 3,2 % en mai, le choc énergétique mondial provoqué par la guerre en Iran ayant fait flamber le prix de l’essence au cours du printemps.
Les conséquences de la guerre en Iran
Jusqu’à présent, les données suggèrent que la hausse des prix de l’essence due à la guerre ne s’est pas beaucoup répercutée sur les autres postes du panier de consommation.
La reprise des hostilités entre les États-Unis et l’Iran fait à nouveau grimper les cours mondiaux du pétrole. Les prix de l’essence restent «volatiles et dépendent fortement de la situation au Moyen‑Orient», note le rapport.
«Jusqu’ici, nous avons fait abstraction des effets directs des prix plus élevés du pétrole sur l’inflation, mais plus ils resteront élevés longtemps, plus ils risqueront de se répercuter sur les prix d’autres biens et services», souligne M. Macklem.
«Comme nous l’avons dit dans le passé: nous ne laisserons pas les prix plus élevés du pétrole se transformer en inflation persistante.»
Pour évaluer les répercussions durables du conflit au Moyen-Orient, l’un des facteurs suivis par la Banque du Canada est la durée pendant laquelle les goulets d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement, liés aux perturbations dans le détroit d’Ormuz, continueront d’affecter les volumes d’expédition.
La banque centrale s’attend à ce que les répercussions de la guerre continuent d’alimenter la hausse de l’inflation, en particulier à la pompe et à l’épicerie, jusqu’au début de l’année 2027. L’inflation alimentaire devrait rester tenace en raison de la hausse des coûts du carburant et des engrais à court terme.
Encore de la marge
La faiblesse de la demande dans l’économie pourrait limiter la mesure dans laquelle les entreprises répercutent sur les consommateurs la hausse des coûts liée à la guerre, mais la banque centrale souligne également qu’un dollar canadien faible pourrait entraîner une hausse des prix des produits importés.
Katherine Judge, économiste à la Banque CIBC, écrit mercredi dans une note adressée à ses clients que les prévisions actualisées de la banque centrale montrent qu’il reste encore beaucoup de marge à absorber dans l’économie.
Selon elle, cette vision d’une économie en perte de vitesse concorde avec les prévisions de la CIBC, selon lesquelles la Banque du Canada maintiendra son taux directeur inchangé jusqu’à la fin de l’année 2026.
Mme Preston s’attend également à ce que la Banque du Canada maintienne son taux directeur inchangé dans un avenir prévisible, car «le ralentissement de la croissance freine quelque peu les pressions sur les prix».
Selon LSEG Data & Analytics, les marchés financiers s’attendent très largement à un nouveau statu quo lors de l’annonce du 2 septembre.
Une grève en cours parmi les agents de sécurité au siège de la Banque du Canada à Ottawa mercredi a empêché la banque de tenir son point presse habituel avec les journalistes et a contraint les responsables à organiser à la place une conférence de presse virtuelle avec M. Macklem.