Joliette: le juge excédé par les reports, les suspensions et les retards constants des avocats

Malgré la mise en place de l’arrêt Jordan en 2016, une culture des délais persiste au Palais de justice de Joliette. Aller passer un avant-midi à la salle 1.20 est plutôt aliénant. Les avocats vont défiler les uns après les autres pour demander des reports parce qu’il manque des documents ou encore parce qu’ils n’ont pas réussi à discuter à temps avec la poursuite ou la défense. Sur les 80 à 100 cas inscrits à l’ordre du rôle, il y en a moins d’une dizaine qui vont réellement procéder pendant la journée.

De report en report, les causes s’éternisent sur des mois et même des années. Un collègue journaliste d’un autre média nous confiait récemment que c’était bien moins pire, par exemple, au Palais de justice de Trois-Rivières, et ce même s’il est plus achalandé que celui de Joliette.

Mardi, Serge Lamoureux, l’ancien chef des pompiers de Chertsey, devait recevoir sa sentence après avoir été reconnu coupable d’avoir mis le feu à la maison de sa voisine. Encore une fois, un autre exemple d’une cause qui tarde et tarde. Les faits se sont déroulés en 2014. La cause a de nouveau été reportée… au 8 janvier… 2020… près de six ans plus tard.

Le juge Bruno Leclerc s’est montré excédé ce matin-là alors qu’il y avait 25 dossiers inscrits à l’ordre du rôle, 25 dossiers qui devaient procéder, et pourtant tous les avocats présents ont demandé des suspensions de séance. « Est-ce que je suis dans une salle à volume? » s’est exclamé le juge Leclerc. « Il n’y a rien qui procède! Vos discussions, vous êtes supposés les faire avant la journée de Cour, pas pendant la journée de Cour! »

Ce jeudi matin, nous devions assister à l’enquête sur remise en liberté de Maxime Côté, accusé par rapport à un vol qualifié survenu récemment à L’Épiphanie. Une dizaine de dossiers sont inscrits à l’ordre du rôle dans cette salle à petit volume. Deux avocats de la défense sont en charge de cette dizaine de dossiers. À 9h30, l’heure à laquelle tout doit débuter, les deux avocats brillent par leur absence.

Vers 10h15, l’avocat de Maxime Côté daigne enfin se présenter en salle. Le juge Bruno Leclerc lui lance: « Vu que vous n’étiez pas à l’heure à 9h30, j’ai fait reporter tous vos dossiers à mardi prochain ». C’était bien sûr une petite pointe à l’endroit de l’avocat de la défense. Embarrassé, celui-ci a répondu que ses deux clients devaient rencontrer des représentants de maisons de thérapie cet avant-midi.

Le juge a rétorqué que ce genre de discussions devait avoir lieu avant 9h30, avant le début de la Cour.

« C’est à 9h30 que la Cour débute. Ce n’est pas l’heure à laquelle ils peuvent commencer les discussions. C’est un manque de respect pour la Cour. Je trouve ça hallucinant. J’attends depuis 9h30! »

Pour ce qui est de Maxime Côté… Le juge a attendu en vain jusqu’à 11h. Les gens de la maison de thérapie ne l’ont pas rencontré, et il avait de nouvelles informations à fournir à son avocat. Il demeure donc détenu jusqu’à sa prochaine de cour, le 10 décembre.