L’ancien maire de L’Assomption en prison pour deux ans moins un jour

Jean-Claude Gingras a pris le chemin des cellules peu après midi au Palais de justice de Joliette. Encadré de deux agents des services correctionnels, il a pris place dans le box des accusés avant d’être dirigé vers la détention.

Le juge Mario Longpré a affirmé qu’il s’était comporté comme si la ville était son royaume et les fonctionnaires municipaux, ses sujets.

Il avait été reconnu coupable le 10 octobre d’abus de confiance, d’intimidation à l’égard d’une personne associée au système judiciaire et d’entrave à la justice.

Un conflit de longue date avec les fonctionnaires municipaux

Avant d’être maire, Jean-Claude Gingras opérait Le Loft des 4 pattes, une pension pour chiens. Il était en conflit avec la Ville qui l’accusait d’être non conforme à la réglementation municipale d’exploitation d’un chenil. Jean-Claude Gingras prétendait que la réglementation de la Ville ne s’appliquait pas à lui. Une procédure judiciaire est lancée contre lui en 2012.

Pendant sa campagne électorale en 2013, les procédures judiciaires sont toujours en cours. Il a des discussions avec le directeur général, Martin Lelièvre, pour tenter de faire changer le zonage. Il fait aussi de nombreuses demandes d’accès à l’information auprès de la greffière de la Ville, Chantal Bédard. Il l’accuse de caviarder trop d’informations et de ne pas avoir accès à toutes les informations demandées.

Des frasques dès sa première journée

Dès le lendemain de son élection, il suspend sans solde le directeur général Martin Lelièvre. Il s’installe même dans son bureau au lieu de s’installer dans le bureau habituellement réservé au maire. Dans les prochains jours, il va voir la greffière pour lui dire qu’à titre de maire, il pourrait désormais consulter tous les documents sans avoir à passer par le processus d’accès à l’information.

Il la fait suivre et publie des extraits de son rapport médical sur Facebook

Chantal Bédard est devenue par la suite un témoin potentiel dans une poursuite contre Jean-Claude Gingras. Suite à son arrestation en juillet 2014, il avait signé une promesse de comparaître dans laquelle il lui était interdit d’entrer en contact avec elle. Il ne se gêne pourtant pas pour la faire suivre et publier des images de cette filature sur Facebook. Il va même publier des extraits d’un rapport médical confidentiel. Il la congédie pendant qu’elle était en congé maladie.

Traumatisée, elle a fait installer une clôture opaque de six pieds de hauteur autour de sa résidence et s’est débarrassée de son véhicule récréatif qui a fait l’objet d’une filature sur une longue distance. Elle a eu un diagnostic de stress post-traumatique.

Le contrat de filature contre la greffière Chantal Bédard a coûté 22 139$ à la Ville. Le contrat a été donné en cachette à Normand Lalonde Investigations Inc. à partir de la résidence du maire. Il croyait qu’elle faisait partie de ce qu’il appelait la « clique ».

Des contrats aux amis

Il a accordé un contrat à l’architecte Mireille Asselin pour analyser les besoins de la caserne de pompiers. Il l’avait rencontrée pendant la campagne électorale et l’avait même invitée à sa cérémonie d’assermentation. Or, un maire n’a pas le pouvoir d’accorder directement un tel contrat. Cela doit passer par le conseil municipal.

Il entretenait depuis longtemps de l’animosité contre l’entreprise Le Berger Blanc. Il en parlait régulièrement sur sa page Facebook. Il s’est arrangé pour que le contrat de l’entreprise ne soit pas renouvelé pour accorder à la place un contrat au Centre de dressage Unique.

Toutes sortes de théories complotistes

Il alimentait toutes sortes de théories du complot. Il pensait entre autres qu’il était surveillé électroniquement à l’hôtel de ville. Avec les fonds publics, il accorde donc un contrat de 1314$ à Production électronique inc. pour effectuer un balayage informatique de l’hôtel de ville.

Il fait suspendre sans solde l’agente de ressources humaines Carole Harvey après qu’elle ait participé à un dîner avec des cadres. Celle-ci est même escortée à l’extérieur de son bureau par des policiers. Elle travaillait pour la Ville depuis 31 ans. Il croyait qu’elle faisait partie d’un complot pour le faire destituer. Paranoaïque, il embauche HDD Forensic inc. pour faire analyser le contenu de son ordinateur et de son téléphone cellulaire.

Arrêté pour alcool au volant en plein mandat

Pendant son mandat, il se fait arrêter pour alcool au volant. Certains conseillers font une réunion en janvier 2014 pour discuter de la situation et demandent conseil à Suzanne Dubé, conseillère juridique au sein de la Ville. Jean-Claude Gingras, furieux, met fin à son contrat.

Mathieu Lagacé est le chef de la division loisirs et culture de la Ville. Face au harcèlement et à l’intimidation auxquels font face plusieurs fonctionnaires, il crée une association de cadres. Le maire le suspend sans solde.

En guerre contre les policiers

Il était fâché contre les policiers de la Ville à propos de l’opération Trompette qui avait pour cible les échappements bruyants des motocyclettes. Alors qu’il n’en a absolument pas le droit comme maire, il annonce en juin 2014 sur Facebook la fin de cette opération et indique que les policiers ne feront plus de barrages. Cela n’empêche bien sûr pas les policiers de continuer à remettre des infractions aux motocyclistes. Il veut tenter de faire suspendre le chef de police et remettre des sanctions aux policiers qui ont donné des contraventions. C’est une intrusion claire dans les pouvoirs des services policiers.

Il va même jusqu’à affirmer que son arrestation pour alcool au volant est un complot des policiers. Il plaidera finalement plus tard coupable.

Un maire avec un passé criminel

La poursuite demandait entre 42 et 48 mois d’emprisonnement. La défense suggérait une peine de prison à purger dans la collectivité.

Le juge note qu’il n’y a aucun facteur atténuant au dossier. Jean-Claude Gingras ne travaille pas, ne reconnaît pas les faits, n’exprime pas de remords et a des antécédents judiciaires. Il a en effet été condamné en 1985 pour une introduction par effraction, en 1988 pour port d’arme dissimulée et vol et en 2015 et 2019 pour conduite d’un véhicule avec les capacités affaiblies.

Plusieurs personnes ont subi des conséquences économiques du fait d’avoir été injustement suspendues ou congédiées.