Le champ de pratique des pharmaciens sera élargi à compter du 9 décembre

La Presse Canadienne | 21 août 2026 | 09:04
Une employée de pharmacie compte des comprimés pour une ordonnance à Montréal, le jeudi 11 mars 2021. LA PRESSE CANADIENNE/Ryan Remiorz

Le champ de pratique des pharmaciens sera élargi à partir du 9 décembre, a annoncé le ministère de la Santé jeudi. Les Québécois devront toutefois être patients, prévient l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), car les équipes auront besoin de temps pour se former et adapter leurs installations. 

« Il y a des conditions courantes pour lesquelles les pharmaciens sont très à l’aise. Il y en a d’autres pour lesquelles on va devoir se former pour vraiment acquérir les notions de base pour être optimal dans le domaine », commente en entrevue Benoit Morin, président de l’AQPP.

Concrètement, les pharmaciens pourront renouveler une ordonnance sans limites — selon le jugement du pharmacien — alors qu’auparavant, ils pouvaient prolonger une ordonnance pour six mois seulement, après quoi le patient devait consulter son médecin pour avoir une nouvelle ordonnance à présenter au pharmacien. 

Les pharmaciens auront aussi plus d’autonomie pour traiter des conditions courantes, comme les poux, certaines infections respiratoires, la vaginite, le zona, etc. 

Autre nouveauté, les pharmaciens auront plus de latitude pour le traitement des maladies chroniques. Ils font déjà de la prise en charge, notamment en ajustant les doses pour l’hypertension artérielle, le diabète de type 2 et le cholestérol. Cela va désormais s’étendre à d’autres conditions, comme le trouble de l’anxiété généralisé et les troubles dépressifs majeurs.

« Quand il y a un antidépresseur de prescrit, on va pouvoir l’ajuster, l’insuffisance cardiaque aussi s’il n’y a pas de spécialiste dans le décor. Donc, le pharmacien va pouvoir ajuster, mais encore plus, il va pouvoir aussi initier un nouveau traitement. Si le traitement prescrit à l’origine par le médecin n’est pas suffisant, il peut rajouter une prescription », détaille M. Morin. 

La pénurie de pharmaciens sévit toujours

La population ne doit pas s’attendre à ce que l’entièreté des services soient offerts partout, dès le premier jour, fait valoir l’Ordre des pharmaciens du Québec. Dans un communiqué, il explique qu’il revient au pharmacien de décider d’intervenir ou non en se basant sur son jugement, l’évaluation du patient et la capacité d’assurer un suivi approprié.

« L’objectif est d’améliorer l’accès aux soins, mais aussi de s’assurer que les services soient rendus dans les meilleures conditions pour les patients comme pour les équipes en pharmacie. N’oublions pas que nous sommes dans un contexte de pénurie d’effectifs », mentionne par écrit Jean-François Desgagné, président de l’Ordre des pharmaciens. 

Benoit Morin abonde dans le même sens. « Si le pharmacien en première ligne peut rendre ces services, et le médecin, par la suite, prendre les patients que le pharmacien ne peut pas aider, je pense que c’est un monde idéal, dit-il. Mais le nombre de services va dépendre des besoins de la population et de la capacité du réseau. Évidemment, notre réseau est en rareté de main-d’œuvre. Il manque de pharmacien, il manque d’assistance technique en pharmacie, mais on essaie de s’organiser, de s’optimiser, de s’automatiser pour être capables de rendre tous ces services à la population. Mais ça va demander de la patience, la réorganisation de travail, une réorganisation des habitudes des patients aussi. » 

L’AQPP recommande aux patients de privilégier la pharmacie qui détient déjà son dossier de santé afin de faciliter l’accès aux services. « Il y a des activités qui vont demander un peu plus d’organisations et qui vont aussi demander, par exemple, qu’on prenne un rendez-vous avec son pharmacien parce qu’il ne pourra pas toujours faire ça rapidement au bout du comptoir », ajoute M. Morin. 

« Votre pharmacien pourra en faire davantage pour vous, selon votre situation et les services offerts dans votre pharmacie, a commenté sur X la ministre de la Santé, Sonia Bélanger. L’objectif n’est pas de tout faire en pharmacie. C’est de mieux utiliser les compétences de tous nos professionnels de la santé et de vous diriger vers le bon professionnel, au bon moment. »

L’annonce fait suite au projet de loi 67, adopté en 2024, qui vise à élargir certaines pratiques professionnelles dans le domaine de la santé, dont celle des pharmaciens. L’objectif derrière le projet de loi est de désengorger la première ligne afin que tout ne repose pas sur les épaules des médecins.

Un nouveau règlement devait d’abord être adopté avant que les changements prévus au projet de loi n’entrent en vigueur. C’est ce qui a été annoncé jeudi : le projet de règlement modifiant le Règlement d’application de la Loi sur l’assurance maladie et le Règlement sur le régime général d’assurance médicaments ont été adoptés. 

Dans un communiqué du cabinet du ministre de la Santé publié en décembre 2025, on évaluait que la première année d’application du règlement, 360 000 services pharmaceutiques additionnels pourraient être offerts aux Québécois. 

« Personnellement, j’ai le sentiment que ça va peut-être être un peu plus parce que les besoins de la population sont grandissants, avance M. Morin. […] Ce qui est important de retenir, c’est qu’il va y avoir une amélioration de l’accès, une amélioration de la rapidité à laquelle les patients sont pris en charge et traités. »