Un bébé atikamekw sera réinhumé dans sa communauté, 72 ans après sa mort
Manon Ottawa, à gauche, nièce de Maxime Ottawa, un bébé autochtone décédé à l'hôpital dans les années 1950, et l'avocate Olivia Malenfant, s'expriment lors d'une conférence de presse à Montréal, le jeudi 22 octobre 2026. LA PRESSE CANADIENNE/Graham Hughes Un bébé atikamekw, Maxime Ottawa, porté disparu pendant des décennies et enterré loin des siens dans un cimetière de Québec, pourra finalement être réinhumé dans sa communauté d’origine de Manawan, dans Lanaudière, et aura droit à une cérémonie.
Après une douzaine d’années de recherches et démarches, la famille de Bébé Maxime vit un «immense soulagement». Elle a pu retracer le lieu où il a été enterré, procéder à son exhumation et confirmer l’identité de la dépouille.
«Le 26 octobre 2026, Bébé Maxime reviendra enfin à la maison, à Manawan, auprès de sa maman et de son papa, auprès de ses frères et de ses soeurs», a dit avec beaucoup de fierté Manon Ottawa, en conférence de presse, jeudi, à Montréal.
Elle est la nièce de Bébé Maxime, ce dernier étant le frère du père de Mme Ottawa.
«En 2014, quatre ans après le décès de mon père Henri, j’ai entrepris des recherches, selon sa volonté, pour retrouver mon oncle. Je voulais comprendre ce qui lui était arrivé. (…) Je voulais connaître la vérité», a expliqué Mme Ottawa aux médias.
À l’âge de six mois, en 1954, Bébé Maxime est transporté sans ses parents à La Tuque pour y recevoir des soins médicaux. Il est ensuite transféré à Québec, sans toutefois que ses parents en soient informés.
Ceux-ci n’apprendront par ailleurs le décès de leur enfant que deux ans plus tard, sans avoir pu le revoir une dernière fois, procéder à des funérailles et lui offrir une sépulture selon leurs traditions et croyances. Il s’est éteint le 5 octobre 1954 après 43 jours d’hospitalisation, a relaté jeudi l’avocate représentant la famille, Olivia Malenfant.
En octobre 2025, la Cour supérieure a autorisé l’exhumation de Bébé Maxime, après que la famille a pu retrouver, des décennies plus tard, le lieu où il avait été enterré, soit le cimetière Saint-Charles, à Québec. Durant ce même mois, des travaux ont permis d’exhumer une dépouille.
Environ un an plus tard, le 30 septembre dernier, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, les analyses en laboratoire confirment bel et bien qu’il s’agit de Maxime Ottawa.
«Cette confirmation reçue précisément lors de cette journée de vérité et de réconciliation a donné une signification encore plus profonde dans notre histoire. Car la réconciliation ne se limite pas aux paroles, elle passe aussi par la recherche de la vérité, la réconciliation des souffrances et le respect de la dignité de nos familles», a déclaré aux journalistes Mme Ottawa.
Mercredi prochain, la famille prévoit une réinhumation à Manawan dans le cadre d’une cérémonie «digne de sa mémoire et des traditions de sa communauté».
«La famille pourra désormais rendre les honneurs dont elle et Bébé Maxime ont été privés pendant plus de 70 ans», a soutenu Olivia Malenfant.
«Ouvrir un chemin»
Les travaux d’exhumation réalisés en octobre 2025 au cimetière Saint-Charles ont été «complexes», alors que le lot où se trouvait Bébé Maxime comptait un total de cinq personnes, toutes des autochtones, a rapporté Me Malenfant. Les lots adjacents comportaient aussi plusieurs corps autochtones.
L’avocate ne pouvait dire quelles étaient les intentions des autres familles de ces défunts et si des démarches avaient été entreprises. Celles-ci ont été informées que leur proche avait été enterré à cet endroit avant que la famille Ottawa dépose sa demande à la Cour supérieure.
«Pour plusieurs d’entre elles, c’est une nouvelle qu’on leur apprenait. Elles ne savaient même pas nécessairement que leur proche était enterré à Québec, même que leur proche était décédé pour certaines», a évoqué Me Malenfant.
Manon Ottawa a dit réaliser que ses démarches ont aussi «contribué à ouvrir un chemin pour d’autres enfants et d’autres familles».
«À toutes les familles qui attendent encore de retrouver leur enfant, je souhaite transmettre un message d’espoir: ne perdez jamais espoir, chaque enfant mérite d’être retrouvé,chaque famille mérite des réponses et chaque histoire mérite d’être entendue», a-t-elle lancé.
Mme Ottawa et sa famille ont eu aussi l’appui de l’association des familles autochtones Awacak – Petits êtres de lumière. Celle-ci a notamment pu confirmer que l’autopsie pratiquée sur Bébé Maxime avait contribué à l’avancement de la science médicale. La famille a demandé que ce soit inscrit dans les livres de médecine, a indiqué un représentant de l’association.