Les droits de douane de rétorsion entreront en vigueur le mois prochain

La Presse Canadienne | 22 août 2026 | 17:30
Le premier ministre Mark Carney a annoncé que des contre-droits de douane seront imposés aux États-Unis à compter du mois prochain. Le ministre Dominic LeBlanc et la négociatrice en chef Janice Charette sont à ses côtés, le 22 août 2026. LA PRESSE CANADIENNE/ Patrick Doyle PATRICK DOYLE

Les mesures de représailles contre les États-Unis entreront en vigueur dès le mois prochain, a annoncé samedi le premier ministre fédéral, Mark Carney.

En conférence de presse sur la colline du Parlement, M. Carney a expliqué que le Canada avait refusé de conclure «un mauvais accord» avec les États-Unis. Il compte diversifier davantage les échanges commerciaux avec d’autres pays.

«Nous ne pouvions pas accepter ce que les Américains offraient. Nous ne pouvions pas leur donner ce qu’ils demandaient», a-t-il lancé.

Le ministre du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, et la négociatrice en chef, Janice Charette, étaient aux côtés du premier ministre au cours de son point de presse.

Mark Carney a souligné que le Canada riposterait par des mesures de rétorsion, dollar pour dollar, aux nouveaux droits de douane imposés par Washington et qu’elles viseront des secteurs comme l’acier, les produits laitiers, l’électroménager, le matériel agricole, la pâte à papier et le papier, ainsi que l’électronique. Des précisions sur les mesures de représailles et les secteurs concernés seront dévoilées au cours des prochains jours.

M. Carney a ajouté que ces droits de douane de rétorsion entreront en vigueur le 8 septembre, au lendemain de la fête du Travail.

Il a aussi rencontré son conseil des ministres avant de discuter virtuellement avec ses homologues provinciaux.

Le premier ministre a raconté que les Américains avaient tenté dans les dernières heures de restreindre les capacités du Canada de négocier d’autres ententes commerciales.

«Nous croyons au libre-échange avec des partenaires de notre choix parmi les pays du monde entier. Les Américains voulaient nous limiter dans nos choix. C’est inacceptable», s’est-il exclamé.

Il a aussi indiqué que les États-Unis voulaient également restreindre le soutien public à la culture et la protection de la langue française. «Les menaces contre la langue française, la culture québécoise et la culture canadienne. Ce n’est pas acceptable, jamais acceptable», a renchéri le premier ministre.

M. Carney a également déclaré que le gouvernement allait mettre en place des mesures de soutien aux travailleurs et aux entreprises canadiennes dans les jours à venir.

«Nous exercerons des représailles. Nous allons fournir des protections contre les droits de douane dans les secteurs choisis, là où c’est pertinent. Nous allons faire tout ce que nous pouvons pour aider les entreprises.»

Les nouveaux droits de douane américains visent 28 milliards $ de produits canadiens, allant des crosses de hockey et du miel aux huiles essentielles et aux produits laitiers.

Réaction à Washington

Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a affirmé vendredi soir que «malgré l’offre faite par les États-Unis au Canada de bénéficier du meilleur traitement accordé à tout grand exportateur vers notre marché, les nouvelles exigences et le retour en arrière du Canada sur d’autres engagements ont bouleversé le fragile équilibre atteint ces derniers jours».

Il a déploré que «le Canada continue de maintenir ses mesures de rétorsion prolongées à l’encontre des États-Unis, notamment des interdictions pures et simples visant certains biens et services américains».

M. Greer a déclaré aux journalistes que l’échec de cet accord représentait une «occasion manquée», soulignant que les États-Unis proposaient d’importantes réductions tarifaires sur l’acier, l’aluminium, les automobiles et le bois d’œuvre en échange de concessions de la part du Canada. 

Il a précisé que l’accord comprenait également un partenariat en matière d’économie et de sécurité nationale, ainsi que l’annonce de négociations officielles en vue d’un accord entre les États-Unis, le Mexique et le Canada.

L’administration Trump n’a pas prolongé l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) en juillet. Cela a déclenché un réexamen annuel de l’accord commercial pendant une période pouvant aller jusqu’à dix ans, à l’issue de laquelle il expirerait si les trois pays ne parvenaient pas à s’entendre sur une prolongation. 

M. Greer a déclaré samedi sur les ondes de Fox News qu’aucune nouvelle négociation n’était au calendrier entre le Canada et les États-Unis. 

Le Mexique et les États-Unis ont entamé des négociations officielles sur l’ACEUM, mais Ottawa et Washington n’ont pas encore engagé des discussions de ce type.

Plus tôt dans la journée de vendredi, le président américain Donald Trump a déclaré qu’un accord avec le Canada «avançait», bien que le ministre fédéral Dominic LeBlanc ait indiqué aux journalistes qu’il restait encore «du travail à faire» pour conclure un accord commercial.

À l’échelle du pays

L’échec des négociations a retenti comme une onde de choc dans l’ensemble du pays.

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a salué «la volonté de Mark Carney de riposter par des droits de douane d’un montant équivalent». Il a réclamé également des programmes d’aide du gouvernement fédéral pour les entreprises et les travailleurs, notamment sous forme de subventions non remboursables, d’aides salariales, de soutien à l’innovation, à la productivité et à la transformation, ainsi que de mesures visant à soutenir le pouvoir d’achat des retraités et des travailleurs saisonniers.

Les conservateurs sont également déçus que les États-Unis aient choisi d’imposer de nouveaux droits de douane injustifiés au Canada.

«Les Canadiens doivent rester unis pour défendre notre pays contre ces attaques injustes visant nos emplois et nos entreprises. Le Canada ne peut pas accepter des droits de douane unilatéraux qui vont désindustrialiser notre pays», a écrit le chef de l’opposition officielle à Ottawa, Pierre Poilievre, sur le réseau social X.

Le chef conservateur a indiqué qu’il tenterait de joindre le premier ministre Mark Carney dans la journée «afin de discuter de ce que nous pouvons faire pour défendre nos travailleurs, nos entreprises et notre économie».

Le chef du NPD. Avi Lewis, juge que le premier ministre a eu raison de quitter la table des négociations. 

«Accepter un accord qui entérinerait des droits de douane inutiles et destructeurs et compromettrait notre capacité à réglementer les géants de la technologie aurait été désastreux pour nos travailleurs et travailleuses, nos industries et notre souveraineté», a-t-il déclaré par voie de communiqué.

Front uni

Aucun premier ministre provincial n’a déploré la décision de Mark Carney. 

La première ministre du Québec, Christine Fréchette, a pris acte de l’échec des négociations entre le Canada et les États-Unis.

«L’administration américaine a encore choisi la confrontation. De nouveaux droits de douane s’appliquent à nos entreprises et à nos PME, dans toutes les régions du Québec. Ils auront un impact direct sur notre économie et sur les travailleurs québécois», a-t-elle déclaré.

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a déclaré dans la nuit sur les réseaux sociaux qu’il apportait son «soutien total» à son homologue fédéral pour une réponse ferme.

«Alors que nous nous battons pour protéger la souveraineté et la sécurité économique du Canada, toutes les options doivent être envisagées, a déclaré M. Ford. L’Ontario est prêt à jouer son rôle.»

La première ministre du Nouveau-Brunswick, Susan Holt, a souligné que sa province «restait forte et unie avec Équipe Canada alors que nous luttons pour un accord équitable». Elle a aussi lancé un appel à «redoubler nos achats locaux et soutenir les entreprises et les travailleurs du Nouveau-Brunswick».

La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a déploré l’échec des négociations.

«Personne ne tire profit d’une guerre commerciale», a-t-elle indiqué. 

Mme Smith a toutefois précisé qu’elle saluait l’intention du gouvernement fédéral d’apporter une aide aux entreprises touchées.

«L’Alberta continuera de plaider en faveur d’une relation solide et sans droits de douane entre le Canada et les États-Unis, et j’exhorterai le gouvernement fédéral à relancer les négociations dès que possible», a-t-elle ajouté. 

Donald Trump avait initialement menacé d’imposer ces nouveaux droits de douane en juillet et fixé au 19 août la date limite pour parvenir à un accord avec le Canada sur un certain nombre de questions. Peu avant cette échéance, le président américain avait déclaré qu’il suspendait l’application des droits de douane prévus, le temps que les deux parties règlent les détails d’un accord commercial.

Les États-Unis avaient invoqué un certain nombre de points de friction pour justifier la menace de droits de douane, notamment des plaintes concernant l’accès américain au marché laitier canadien et le fait que la plupart des provinces continuaient d’interdire la vente d’alcool américain dans leurs magasins. 

Les provinces canadiennes ont retiré les alcools américains des rayons des magasins l’année dernière après que Donald Trump eut imposé des droits de douane. Les interdictions visant les alcools américains restent en vigueur dans toutes les provinces, à l’exception de la Saskatchewan et de l’Alberta.

Avec la contribution de David Baxter à Ottawa, de Kelly Geraldine Malone à Washington et de Helen Moka à Montréal.